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vendredi 1 février 2008

Un enfant




Jacques Brel - Un enfant



Un enfant
Ça vous décroche un rêve
Ça le porte à ses lèvres
Et ça part en chantant
Un enfant
Avec un peu de chance
Ça entend le silence
Et ça pleure des diamants
Et ça rit à n'en savoir que faire
Et ça pleure en nous voyant pleurer
Ça s'endort de l'or sous les paupières
Et ça dort pour mieux nous faire rêver


Un enfant
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent
Un enfant
C'est le dernier poète
D'un monde qui s'entête
A vouloir devenir grand
Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s'inquiète d'une neige tombée
Et ça croit que nous sommes fidèles
Et ça se doute qu'il n'y a plus de fées


Mais un enfant
Et nous fuyons l'enfance
Un enfant
Et nous voilà passants
Un enfant
Et nous voilà patience

mercredi 19 décembre 2007

Mon regard est net comme un tournesol



Mon regard est net comme un tournesol,
J’ai l’habitude d’aller par les chemins,
Jetant les yeux à droite et à gauche,
Mais en arrière aussi de temps en temps…
Et ce que je vois à chaque instant
Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,
De quoi j’ai conscience parfaitement.
Je sais éprouver l’ébahissement
De l’entant qui, dès sa naissance,
S’aviserait qu’il est né vraiment…
Je me sens né à chaque instant
À l’éternelle nouveauté du Monde…

Je crois au monde comme à une pâquerette,
Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser c’est ne pas comprendre…
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…

Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…

Aimer, c’est l’innocence éternelle,
Et l’unique innocence est de ne pas penser.





O meu olhar é nítido como um girassol.
Tenho o costume de andar pelas estradas
Olhando para a direita e para a esquerda,
E de, vez em quando olhando para trás...
E o que vejo a cada momento
É aquilo que nunca antes eu tinha visto,
E eu sei dar por isso muito bem...
Sei ter o pasmo essencial
Que tem uma criança se, ao nascer,
Reparasse que nascera deveras...
Sinto-me nascido a cada momento
Para a eterna novidade do Mundo...

Creio no mundo como num malmequer,
Porque o vejo. Mas não penso nele
Porque pensar é não compreender...
O Mundo não se fez para pensarmos nele
(Pensar é estar doente dos olhos)
Mas para olharmos para ele e estarmos de acordo...

Eu não tenho filosofia: tenho sentidos...
Se falo na Natureza não é porque saiba o que ela é,
Mas porque a amo, e amo-a por isso,
Porque quem ama nunca sabe o que ama
Nem sabe por que ama, nem o que é amar...

Amar é a eterna inocência,
E a única inocência não pensar...




Mi mirar es nítido como un girasol.
Tengo la costumbre de andar por las estradas
Mirando para la derecha y para la izquierda,
Y de, vez en cuando mirando para atrás...
Y lo que veo a cada momento
Es aquello que nunca antes yo había visto,
Y yo sé dar por eso muy bien...
Sé tener el pasmo esencial
Que tiene una criatura si, al nacer,
Reparase en que nació de veras...
Me siento nacido a cada momento
Para la eterna novedad del Mundo...

Creo en el mundo como en una margarita,
Porque lo veo. Pero no pienso en él
Porque pensar es no comprender...
El Mundo no se hizo para que pensemos en él
(Pensar es estar enfermo de los ojos)
Pero para que lo miremos y estemos de acuerdo...

Yo no tengo filosofía: tengo sentidos...
Si hablo de la Naturaleza no es porque sepa lo que ella es,
Mas porque la amo, y ámola por eso,
Porque quien ama nunca sabe lo que ama
Ni sabe por qué ama, ni lo qué es amar...

Amar es la eterna inocencia,
Y la única inocencia no pensar...






Fernando Pessoa - Le gardeur de troupeaux

mercredi 5 décembre 2007

Amour est feu qui brûle et que l'on ne voit pas


Luís Vaz de Camões, est considéré comme le plus grand poète de langue portugaise. On le compare à Virgile, Dante, Cervantes ou bien Shakespeare. De toutes ses œuvres, l’épopée « Les Lusiades » est la plus connue et la plus significative.

Il est aussi l’auteur d’une œuvre lyrique exceptionnelle. Ses sonnets - dont le thème essentiel est l’amour, tantôt léger et conventionnel, tantôt douloureux et nostalgique, tantôt blessé, source d’amertume et de révolte - comptent parmi les plus beaux de la langue portugaise.




Amour est feu qui brûle et que l’on ne voit pas ;
C’est blessure cuisante et que l’on ne sent pas ;
Ravissement qui se sait pas ravir ;
Folle douleur qui ne fait pas souffrir ;

C’est ne plus désirer qu’un seul désir ;
C’est marcher solitaire dans la foule ;
Jamais n’avoir plaisir à un plaisir ;
Penser qu’on gagne alors que l’on se perd ;

C’est librement vouloir être captif ;
C’est, quand on est vainqueur, servir qui est vaincu ;
Rester loyal alors que l’on nous tue.

Mais comment ses faveurs font-elles naître
Une amitié entre les cœurs humains,
Si Amour à ce point est contraire à lui-même ?

(Sonnets Luis Vaz de Camões
Traduit par Anne-Marie Quint et Maryvonne Boudoy
Editions Changeigne, 1998 – Collection Lusitane)




Texte original (portugais)

Amor é fogo que arde sem se ver;
É ferida que dói e não se sente;
É um contentamento descontente;
É dor que desatina sem doer;

É um não querer mais que bem querer;
É solitário andar por entre a gente;
É nunca contentar-se de contente;
É cuidar que se ganha em se perder;

É querer estar preso por vontade;
É servir a quem vence, o vencedor;
É ter com quem nos mata lealdade.

Mas como causar pode seu favor
Nos corações humanos amizade,
se tão contrário a si é o mesmo Amor?




Tradution Libre (anglais)

Love is a burning fire that cannot be seen;
A happy unhappiness;
A aching wound that one doesn’t feel;
A uncontentious contentment;
Pain that bothers without aching;

It is not wanting more than wanting well
A lonely walk amidst the crowd;
Never enough pleased for being happy;
Knowing that loss is gain;

It is to be willingly imprisoned;
To serve who wins, the winner,
To have loyalty to the one who kills us.

But how may its favors cause
Friendship in the human heart,
If exactly the opposite is really Love ?

dimanche 11 novembre 2007

Parce que


Parce que les autres portent des masques mais pas toi
Parce que les autres se servent de la vertu
Pour acheter ce qui n’a pas de pardon
Parce que les autres ont peur mais pas toi

Parce que les autres sont des tombeaux chaulés
Où germe muette la pourriture.
Parce que les autres se taisent mais pas toi.

Parce que les autres s'achètent ou se vendent
Et que leurs gestes ne sont que dividende.
Parce que les autres sont habiles mais pas toi.

Parce que les autres marchent à l'ombre des abris
Et que tu vas main dans la main avec les dangers.
Parce que les autres calculent mais pas toi.

[Sophia de Mello Breyner Andresen]


Porque

Porque os outros se mascaram mas tu não
Porque os outros usam a virtude
Para comprar o que não tem perdão
Porque os outros têm medo mas tu não

Porque os outros são os túmulos caiados
Onde germina calada a podridão.
Porque os outros se calam mas tu não.

Porque os outros se compram e se vendem
E os seus gestos dão sempre dividendo.
Porque os outros são hábeis mas tu não.

Porque os outros vão à sombra dos abrigos
E tu vais de mãos dadas com os perigos.
Porque os outros calculam mas tu não.